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21 juillet 2020

Retour d’expérience sur la crue du 11 Mai 2020

INTRODUCTION

Les 10 et 11 Mai 2020, le bassin de l’Agout a été exposé à un épisode pluvieux intense et très étendu avec des cumuls de pluie importants sur un laps de temps réduit, provoquant des crues de natures et d’intensités variées et des ruissellements très importants, aussi bien en zones urbanisées qu’en périphérie.

Ce phénomène s’est traduit sur le territoire par de nombreux glissements de terrains, des débordements de réseaux d’assainissement et des inondations provoquées par le débordement d’affluents en zones urbaines.

Les dégâts matériels restent limités étant donné que les cours d’eau majeurs (Agout, Thoré, Sor, Dadou) n’ont pas subi de crues exceptionnelles. Le rapide retour à la normale a tout de même mis en évidence de nombreux embâcles, en particulier sur les bassins versants du Dadou et l’Agout Amont.

1.   OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES

La dépression qui s’est étendue sur la moitié Sud de la France entre les journées du dimanche 10 et du lundi 11 mai 2020 a provoqué des précipitations localement très abondantes. L’épisode a été particulièrement intense sur les régions situées au Sud du massif central, centre dépressionnaire.

On recense notamment des maximas pluviométriques sur l’Aquitaine et le Sud du Tarn.

Les images radar ci-dessous permettent de visualiser le phénomène à l’échelle nationale.

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Sur le bassin de l’Agout, particulièrement exposé à l’évènement, les pluies ont débuté le dimanche 10 vers 11h avec des cumuls rapidement importants et se sont interrompues le 11 mai vers 17h. Elles ont touché l’ensemble du territoire avec des intensités variables selon les secteurs :

  • L’Agout Aval a été moins touché avec des cumuls de l’ordre de 50 à 60mm.
  • L’Agout Amont, le Dadou, le Sor et le Thoré ont en revanche connu des cumuls plus importants atteignant fréquemment 200mm et localement 300mm au niveau du barrage du Vintrou.
  • A Castres, les 200 mm ont été atteints en 24h.

L’évolution des cumuls de précipitations figure sur le graphique suivant. On y observe une synchronicité des précipitations sur l’ensemble des sous-bassins versants au début de l’évènement puis une intensification de l’épisode vers l’Ouest et les bassins amonts.

2.   CONSÉQUENCES SUR LE TERRITOIRE

Les cours d’eau du bassin de l’Agout ont réagi simultanément au début de l’évènement mais ont connu des phénomènes de crues variés à mesure de la propagation de la dépression.

Sur le Sor, la crue a atteint les hauteurs d’eau d’un évènement cinquantennal sans provoquer de débordements exceptionnels ni de dégâts. Le système d’alerte local de la ville de Soual a bien fonctionné et a permis de prévenir les services municipaux de l’arrivée de l’onde de crue. Plus en amont, les précipitations ont provoqué le débordement du Bernazobre par la mise en contact avec sa nappe d’accompagnement et noyé de nombreux champs mitoyens sur des surfaces importantes. Ces remontées de nappes ont également inondé des habitations individuelles dans le secteur de Labruguière.

 

                                                                         Champs inondés par le Bernazobre à Viviers-Lès-Montagnes

Le flux transité sur l’Agout amont a pu être largement temporisé par le barrage de la Raviège (jusqu’à 15h), soit presque jusqu’à la fin du pic pluviométrique (vers 17h). Aucun dégât majeur n’a été constaté, mais de nombreux embâcles se sont accumulées, notamment au niveau de la confluence Gijou-Agout.

Sur le Dadou, la crise a été très marquée avec des niveaux dépassants ceux de la crue centennale de 1992 avec 3m36 à Graulhet. Le Pont Ferran, le Pont Vieux, la Place Olympe de Gouge et le chemin du Moulin-Neuf ont été interdits tout comme les berges du Dadou où de nombreux glissements ont été constatés post-crue.

 

                                                                                    Embâcles au pont St Hilaire sur le Dadou

Sur l’Agout médian, la Durenque a particulièrement réagi à l’épisode pluvieux. En amont du cours d’eau, à la sortie des gorges, l’onde de crue a provoqué des inondations chez des particuliers. A Noailhac, le niveau d’eau a dépassé les observations visuelles des crues de 1999 et 2012. A sa confluence à Castres, le pont Biais a été largement submergé.

 

                                                                      Pont Biais inondé à confluence Durenque-Agout à Castres

L’Agout à Castres a atteint 2m82 (côte supérieure à celle de la crue de 1999), inondant les parkings et les quais mitoyens. D’une manière générale, l’intensité de l’évènement a provoqué d’importants ruissellements. Ils sont à l’origine du débordement de nombreux petits cours d’eau qui ont engendré des inondations localisées sur l’Agout médian (au niveau du ruisseau des Gourgs notamment). Ces ruissellements ont également contribué à saturer des réseaux d’évacuation en zone urbaine comme à Castres, à Roquecourbe et à Saïx. L’abondance de précipitations en un temps réduit a également provoqué de nombreux glissement de terrain, en particulier sur les routes de Brassac, de Lacrouzette et de Vabre où la nature des sols et les pentes importantes et ont favorisé des effondrements importants. Des travaux de remises en état conséquents sont en cours.

En transitant vers l’Agout aval, la crue atteint de côte remarquable mais a provoqué une augmentation très rapide du niveau d’eau (de l’ordre de 6m en 24h à Lavaur). Ceci étant en partie dû à la synchronicité de l’épisode pluvieux sur les bassins versants amonts. La décrue a permis d’identifier d’importants embâcles et de nombreuses laisses de crues jusqu’à des hauteurs significatives.

Sur le Thoré, où on enregistre les pics de précipitations, la crue a été marquée (2m69 atteint à Sauveterre), soit de l’ordre de la crue vingtennale de 2004 mais reste bien inférieure aux événements passés tenus comme référence sur ce secteur. Il est à noter que le barrage des Saint Peyres a tamponné une partie importante des flux sur l’Arn. Les stations de mesures du SDAL Thoré ont permis de suivre l’évènement en temps réel et de prévenir de ses impacts. L’évolution des hauteurs d’eau sur le Thoré amont sont visibles ci-dessous, et retracent la chronologie de l’évènement.

3.   RETOUR A LA NORMALE

La météo favorable des mois de Mars et Avril a conduit un assèchement du sol avant l’intempérie de Mai. Bien que cela ait contribué à l’augmentation des temps de ruissellement, les sols non saturés ont favorisé une décrue rapide. Celle-ci a d’ailleurs pu débuter dès la fin de l’épisode et s’est caractérisée par un retour à la normale prompt, laissant apparaître les impacts de l’évènement sur le territoire.

On recense de très nombreux embâcles sur les cours d’eau majeurs et notamment sur le Sor, L’Agout amont, médian et le Dadou. Un programme d’enlèvement d’embâcles, assuré par le SMBA, a été mis en place dès la décrue. Ce travail permis de sécuriser en urgence les secteurs à risques. La remise en état des cours d’eau est prévue dans les programmes d’entretiens annuels.

Les nombreux glissements de terrains constatés ont nécessité des travaux de soutènements parfois importants (secteurs Brassac-Lacrouzette) et la réfection des voiries associées.

De nombreuses communes (Castres, Saïx et Roquecourbe notamment) ont pu identifier les limites de leurs réseaux de gestion des eaux pluviales. D’une manière générale, cet évènement a permis de montrer la nécessité d’une meilleure prise en compte des risques liés au ruissellement et notamment en milieu urbain. Un travail d’accompagnement aux communes pourra être assuré par le SMBA dans le cadre de son Programme d’Action de Prévention des Inondations.

4.  CONCLUSIONS SUR L’EPISODE

L’évènement des 10 et 11 Mai 2020 a donc été tout à fait singulier, tant sur sa nature météorologique avec des cumuls importants sur un laps de temps très court que dans ses répercussions sur le territoire avec des crues d’intensités variées et des ruissellements de versants très importants. Si les crues n’ont pas causé de dégâts majeurs, y compris sur le Dadou (T100), cet épisode a en revanche impacté lourdement le territoire par des ruissellements de versants très importants, provoquant : le débordement de petits affluents en zones urbaines, la saturation de réseaux d’évacuation, des glissements de terrains très importants.

Cet épisode a donc permis de mettre en évidence certains disfonctionnement dans la gestion des eaux de ruissellements et nous rappelle la nécessité d’en anticiper les conséquences ! La perspective du changement climatique prévoit la recrudescence d’évènements de ce type avec des cumuls pluviométriques importants sur des durées condensées et nous enjoint à mieux se préparer à ces évènements et à leurs impacts potentiels.

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